Famille, je vous aime ! / Expo lecture
Création Cie Artbooka d'après la collecte de textes et photos sur le thème de la famille. Famille, je vous aime !?… pourquoi pas famille, je vous hais !? Et bien justement « pourquoi pas !… » Libre à chacun d’interpréter le titre comme il le voulait ; pour réagir, témoigner, partager et créer sur la famille, l’absence de famille, l’histoire de la famille, les secrets, le poids de la famille, les souvenirs heureux ou douloureux… Un sujet sensible, intime, indicible ; un défi à lancer : par un acte de création, de re-création , photographique ou écrit. Nous vous proposons de plonger au cœur de l’humain et de voyager à travers le regard et la parole des autres. A travers les points de vues, le regard prend la parole, la parole prend forme. Les textes et les photographies créés par le public ont été récoltés dans un premier temps, puis mis en scène sous forme d’expo - lecture . La Villa Vincelli est devenue ainsi cet automne un espace d’expression et d’exposition ; l’exposition servant de décor pour la lecture. La matière confiée nous a traversés, amusés, instruits, bouleversés et nous a permis de créer et surtout de vivre et de partager une véritable aventure humaine. Nous remercions tous les auteurs-créateurs, anonymes ou pas, de nous avoir confié textes et photos et d’avoir accepté d’exposer un peu d’eux- mêmes, de leurs ressentis ou de leurs vécus réels ou imaginaires.
Je la voyais la grande rosace blanche au-dessus de moi et le lit était douillet. Je ne prêtais plus attention au bruit constant des voitures et camions qui passaient sur la nationale juste sous mes fenêtres. C'était un jour de mal de ventre ou de mal de gorge, petit déjeuner au lit et surtout autorisation de prendre avec moi le livre merveilleux. Le père levait son bras tenant la hache puis Jean et Marinette se perdaient dans une forêt sombre mais plus tard apparaissait une chaumière si tentante, en pain d'épice.Mais ensuite, les barreaux d'une cage laissaient entrevoir le petit Jean enfermé par la sorcière au nez crochu. Cependant les enfants réussiront à sortir et enfourneront cette méchante créature dans le feu qu'elle leur destinait. Ils repartaient sur le dos d'un cygne blanc glissant sur un lac bleu ; « que de joie quand ils retrouvent leurs parents ».
Je vous le raconte ainsi mais ce livre était un objet en relief (en 3D on dirait maintenant) et beaucoup de parties s'actionnaient. C'était moi qui levait la hache du père, moi qui ouvrait les barreaux en pain d'épice, moi qui poussait la sorcière dans le feu et ramenait les enfants apaisés chez eux. Dès que la fièvre baissait, que l'autorisation maternelle permettait de quitter le lit, le livre devait être rangé, « intouchable » jusqu'au prochain séjour au lit. Je l'ai encore (il sent un peu le renfermé) mais mes enfants, eux, préfèrent leur Nintendo même avec 37°8 de fièvre.Tant pis. Maryvonne Houssay ( Le Havre)
Famille décomposée, recomposée
Ceux ne sont pas les miens
Mais grâce à eux, je vis mon lendemain
Il m’apportèrent beaucoup
La réalité du monde, coup sur coup
Moments constructeurs
Moments destructeurs,
Je vous ai aimé
Vous m’avez comblé
Vous étiez la grande famille désirée
Proche de moi comme des enfants
S’accrochant, demandant,
Yannick, Vanina, Nathalie, Aurélie, Séverine,
Fabien, Elodie, Jérémy, David.
Ai-je été une bonne famille ?
Pas facile d’être des parents manquants
Bien, mal… je l’ai fait Nadine Rose Marie ( Anonyme)
Famille décomposée, recomposée
Ceux ne sont pas les miens
Mais grâce à eux, je vis mon lendemain
Il m’apportèrent beaucoup
La réalité du monde, coup sur coup
Moments constructeurs
Moments destructeurs,
Je vous ai aimé
Vous m’avez comblé
Vous étiez la grande famille désirée
Proche de moi comme des enfants
S’accrochant, demandant,
Yannick, Vanina, Nathalie, Aurélie, Séverine,
Fabien, Elodie, Jérémy, David.
Ai-je été une bonne famille ?
Pas facile d’être des parents manquants
Bien, mal… je l’ai fait Nadine Rose Marie ( Anonyme)
Famille, je vous aime ! Marie-France C. Voilà ! une photographie perdue... Une boîte à chaussures en guise d'album...Ma soeur, paraît-il ! Dix ans, jeune, enjouée, prête aux rêves des fillettes... Danseuse, peut-être..? Elle est partie par là et moi, resté ici...Et puis, et puis voilà. Je l'ai revu, deux, ou trois fois, grandie, et mère d'un garçonnet. J'étais coureur cycliste, dévoreur de bithume. Elle, vivait à Londres. Elle fut dénoncée par sa mère pour une prime. Elle transportait du rêve aux autres... Une balle s'est perdue dans sa tête, quelque part en Provence. Moi, je chutais gravement dans un critérium...Adieu vélo ! et sa mère faisait du bâteau en Espagne... Du côté d'Aix, une fosse commune l'a accueillie. Et voilà Famille, je vous aime ! Jean Topazzini ( Fécamp)
Photo-Agnès Fodor " Français / Hongrois"
La 2CV Le confort et la modernité sont venus à nous tardivement ! Longtemps, nous sommes partis en vacances en train. Mes parents, dans les années 60, ont enfin décidé d?acheter une 2 CV. Maman qui avait eu son permis de conduire (une Citroën « cul pointu »pendant la guerre du reprendre quelques leçons car elle ne connaissait pas le clignotant !... Les portières de la 2 Cv ouvrait à l'envers et combien de fois avons-nous reçu la vitre de côté sur les doigts ! On se tapait le derrière sur les bagages et on se disputait à qui ne s'asseyerait pas sur la barre arrière. Mais quelle liberté, quelle évasion ! La capote roulée, debout le nez au vent, en chantant à tue-tête, les trois ados goûtaient le plaisir d'une vitesse toute relative !... Sylvie Resse-Marest ( Fécamp)
Saint-Léon, le 09.09.07
Cher Jean,
Alors cette escapade en Avesnois ? Avez-vous retrouvé les paysages de votre enfance? Ont-ils changé ? Etaient-ils plus beaux dans les années 20 ? Des souvenirs ont-ils resurgi après tout ce temps, après toute cette vie si bien remplie ?
Un jour, je me souviens, avec une amie, on a emmené"Pépé Marcel", 70 ans, ancien paysan et communiste convaincu, toujours vêtu de sa salopette bleue et de son béret basque, on a emmené"Pépé Marcel" du Lot et Garonne jusque chez "Pépé Barthou" à 60 km de chez lui, en Dordogne. On les connaissait séparément et mon frère m'avait chargée de les faire se rencontrer. Ce ne fut pas une mince affaire. On a dû en dire des paroles ! On a dû en donner des explications ! On a dû en faire des promesses ! La plus importante, c'était de retourner aux sources du Dropt, là où il avait connu son premier amour. Le départ fut folklorique, on a cru qu'on ne partirait jamais. Marcel s'était fait beau: chemise à carreaux du dimanche, pantalon bleu tout frais sorti de l'armoire et béret neuf. Dès le départ, on a dû aérer la 4l tant il s'était "Eau-de-Cologné". Il admirait le paysage, regardait tous les champs, comme un gamin que l'on sort pour la première fois. Bien sûr, nous avons passé un midi inoubliable."Mémé Barthou" était une extraordinaire cuisinière et s'était surpassée ce jour-là. "Pépé Barthou" et Marcel avaient évoqué la résistance, pas en héros, mais en gens simples qu'ils étaient. Mais après la liqueur maison, et la promesse du jumelage dans l'autre sens, Marcel commençait à trouver le temps long et voulait revoir les sources du Dropt. Nous sommes repartis et avons accompli son voeu. Aux sources du Dropt, il était très ému, finie la franche rigolade. Je crois qu'il pensait que le temps pouvait s'arrêter et qu'il allait retrouver la jeune fille...qui l'avait attendu. Ca a été un moment très particulier que je n'oublierai jamais. Au retour, il n'était plus pressé de rentrer et nous parlait de son "amoureuse". nous nous pensions à sa femme, mimi, qui nous l'avait confié, qui devait être rentrée de travailler et qui avait sûrement"le sang qui bouillait d'inquiétude, eh petite !". Et notre malicieux Marcel, pour nous"récompenser" de l'avoir promené, tel un gamin qui cherche des prétextes pour ne pas rentrer, nous a offert un verre à une terrasse de café...à cinq kilomètres de chez lui. Je crois qu'il était fier de cette virée et d'être attablé avec deux jeunesses d'une vingtaine d'années !
Cher Jean, jattends avec impatience de vos nouvelles et vous embrasse, Eliane. ( Anonyme)
Danièle et Alain
Il l'aimait sa femme, elle était comme son ciel et pour son âme un coin d'éternel; il l'aimait Danièle; c'était sa pilote, son chemin de miel, son idée qui trotte; il l'aimait sa belle, c'est pourquoi une fois qu'elle n'était plus là, il m'a dit, fidèle : fils, fais moi une assiette de roi qui scelle dans l'étain : Danièle et Alain". Eric Levéel ( Le Havre )
Photo-Agnès Fodor " Français / Hongrois"
Les vacances (années 50) Quelle expédition s'était que de partir en vacances !... Pas de voiture- du matériel de camping pour 4 personnes, un vélo et une petite remorque qui s'accrochait derrière- une caisse pleine qui s'emboîtait juste dans la petite remorque et le tout enregistré à la gare et expédié par le train quelques jours avant notre propre départ. Il y avait aussi la joie des préparatifs : les chaussures, les duvets, les sacs de vêtements, la batterie de cuisine de camping, la tente, les pliants, que nous posions en faisant la chaîne sur les marches de l'escalier du premier au rez-de -chaussée. Quand tout était en bas, Papa devait résoudre un magistral puzzle : tout rentrer dans la caisse ! Bouclée, étiquetée, cadenassée, elle était alors expédiée ainsi que la remorque et le vélo. Nous devions aussi préparer les deux énormes sacs à dos des parents et nos deux petits sacs. Pour aller de Fécamp à Anet (Eure et Loire), il n'y avait pas mois de sept changements de train et nous devions coucher à Rouen pour avoir la correspondance le lendemain matin. Heureusement nous dormions chez Tatie, rue cauchoise. L arrivée du train (à vapeur), c'était quelque chose ! Attention le voilà- fracas et fumée- « Ne vous approchez pas trop du bord du quai » disait Maman. Le chef de gare, son sifflet et son drapeau rouge sont restés dans ma mémoire. Après un temps fort long et plein de changements, nous arrivions à Isy sur Eure. Il fallait récupérer la fameuse caisse, la remorque et le vélo et enfin faire 2 kilomètres à pied pour atteindre Anet ! Son « terrain de camping » au bord de l'étang du château avait un seul point d'eau et pas de WC, mais ce serait l'aventure, les feux de camp et les chants, le bonheur quoi ! Sylvie Resse- Marest ( Fécamp)
Qui es tu petite olive ? Verte rose rouge.
Jusqu'où vas-tu?
Tes racines passent par la tour Eiffel !
Il fait trop froid, ce n'est pas là que tu grandiras, et puis, seule, que feras-tu?
Sur les Champs Elysées ou à St Germain des Prés.
Que tu es minuscile !!!
Laisses-toi porter par une roche au crépuscule, vers le soleil d'azur, tu seras sûre, de reconnaître en toi ta vraie couleur, ton vrai parfum, de renaître, de bonheur enfin.
Donnée à une mère qui pleure, de ne pouvoir porter de fruits.
Oh ! petite olive, veux-tu être sa nuit, son jour aussi.
Oui !! j'explose d'infini !!
je suis devenue une rose...marie.
Quelle maman ! qui me soigna, me protégea dans l'aimant.
Femme extra qui se donna en travaillant.
Et de ce résultat fit d'une petite olive, une rose, aux éclats de mille pépites vives, qui engendra une famille. Nadine Rose Marie ( Anonyme)
Papa et Maman sur leur « nuage rose »
Je n'aime pas beaucoup le téléphone et encore moins les appels dans la nuit. C'est à une heure du matin que Papa m'a appelé pour m'annoncer le décès de Maman, c'est à minuit que l'hôpital m'appela pour m'annoncer celui de Papa. J'entends encore la voix bouleversé de mon père :
- Ta mère est morte, si j'avais pensé que cela arriverait si vite, je l'aurai gardée toujours avec moi ( elle était hospitalisée depuis quelque temps)
- J'arrive.
Je me répétais en conduisant : « Maman, maman, ce n'est pas possible, pas toi » et le remords m'assaillait de n'avoir peut-être pas fait assez pour elle, de ne pas lui avoir montré suffisamment que je l'aimais. Les choses de la mort m'étaient inconnues. Et qu'il fut douloureux d'embrasser son visage froid, puis plus tard d'entendre le bruit de la fermeture éclair de la housse que l'on refermait sur elle. Pauvre Maman, elle avait vécu heureuse une partie de sa vie puis à force de dépressions à répétition n'avait pas pu profiter de sa retraite. Pour Papa, cela a été dur aussi, peut-être plus encore. Après la mort de Maman, il a tenu trois ans pour nous et ses trois petits enfants. Je l'ai peut-être mieux connu à cette époque parce qu'il se livrait davantage et laissait parler ses sentiments et transparaître ses émotions ; chose qu'il n'avait pas fait souvent jusqu'alors devant nous. Cet appel téléphonique, je le pressentais et le personnel de l'hôpital n'a pas eu à me dire ce qu'il en était. J'allais seule dans la nuit ( mon mari gardent les enfants) et le contemplais dans, comme l'on dit pudiquement, son dernier sommeil. Je restais un long moment près de lui, il était encore à moi seule, puis je dus aller chercher ses affaires, sa montre, ses vêtements, ses objets personnels. En rentrant à la maison, j'appuyais mon front sur le col de son imperméable en pensant « plus jamais, Papa, plus jamais je ne te reverrai ». Je dus annoncer le décès à ma soeur et nous sommes allés ensemble à la morgue. Le visage était apaisé, les traitements funèbres ayant fait leur effet. Papa, Maman, tous deux incinérés selon leur désir et leurs cendres dispersées, retrouvent maintenant, vivants, la place qu'ils ont eu toute leur vie dans ma vie, c'est à dire dans mon coeur en moi et à côté de moi.Anonyme
Mon nounours doit avoir presque soixante ans !... Je ne sais pas exactement à quel moment il m'a été offert mais j'imagine que ce fut lorsque j'étais bébé car mes souvenirs précis ne commencent que vers 4 où 5 ans? Bref, Nounours ! un ours de 28 cm non articulé bras et jambes raides- était adoré je le traînais partout et il devint petit à petit râpé et sale. Sa tête dodelinait et je le coinçais dans mon cou pour l'endormir. Un jour, il perdit un oeil et commença à se vider. Maman prit les choses en main. Elle entreprit de rafistoler Nounours et elle le recouvrit entièrement avec du tissus rose récupéré sur un vieux corset. Elle y cousit deux grosses perles de verre en guise d'yeux, rebroda son nez et sa bouche et garnit de faux boutons et fausses poches. Elle confectionna même une robe de parade et Nounours fut à nouveau prêt pour une nouvelle vie. Maman est morte à présent mais Nounours sur mon lit trône toujours grâce à elle. Sylvie Gervais ( Anonyme)
Après dix ans de mariage, un soir de fin de printemps 1982, une jeune femme de 16 ans frappe à ma porte, et demande à parler à mon mari. Celui-ci n'étant pas encore rentrer de son travail, elle m'avoue attendre un bébé de lui et être sur le point d'accoucher. De ce fait, notre séparation devint imminente, et le ciel me tomba sur la tête. Françoise
Danièle et Alain
Il l'aimait sa femme, elle était comme son ciel et pour son âme un coin d'éternel; il l'aimait Danièle; c'était sa pilote, son chemin de miel, son idée qui trotte; il l'aimait sa belle, c'est pourquoi une fois qu'elle n'était plus là, il m'a dit, fidèle : fils, fais moi une assiette de roi qui scelle dans l'étain : Danièle et Alain". Eric Levéel ( Le Havre )
Photo-Agnès Fodor " Français / Hongrois"
Les vacances (années 50) Quelle expédition s'était que de partir en vacances !... Pas de voiture- du matériel de camping pour 4 personnes, un vélo et une petite remorque qui s'accrochait derrière- une caisse pleine qui s'emboîtait juste dans la petite remorque et le tout enregistré à la gare et expédié par le train quelques jours avant notre propre départ. Il y avait aussi la joie des préparatifs : les chaussures, les duvets, les sacs de vêtements, la batterie de cuisine de camping, la tente, les pliants, que nous posions en faisant la chaîne sur les marches de l'escalier du premier au rez-de -chaussée. Quand tout était en bas, Papa devait résoudre un magistral puzzle : tout rentrer dans la caisse ! Bouclée, étiquetée, cadenassée, elle était alors expédiée ainsi que la remorque et le vélo. Nous devions aussi préparer les deux énormes sacs à dos des parents et nos deux petits sacs. Pour aller de Fécamp à Anet (Eure et Loire), il n'y avait pas mois de sept changements de train et nous devions coucher à Rouen pour avoir la correspondance le lendemain matin. Heureusement nous dormions chez Tatie, rue cauchoise. L arrivée du train (à vapeur), c'était quelque chose ! Attention le voilà- fracas et fumée- « Ne vous approchez pas trop du bord du quai » disait Maman. Le chef de gare, son sifflet et son drapeau rouge sont restés dans ma mémoire. Après un temps fort long et plein de changements, nous arrivions à Isy sur Eure. Il fallait récupérer la fameuse caisse, la remorque et le vélo et enfin faire 2 kilomètres à pied pour atteindre Anet ! Son « terrain de camping » au bord de l'étang du château avait un seul point d'eau et pas de WC, mais ce serait l'aventure, les feux de camp et les chants, le bonheur quoi ! Sylvie Resse- Marest ( Fécamp)
Le mariage de ma fille est un souvenir de sentiments entremêlés : Tristesse, appréhension, joie, culpabilité, rire, bonne journée, pleurs, discussion. Beaucoup d'émotions. Laurence
Un week-end, maman nous a emmené chez grand-père. Il nous gardait, moi et mes frères. Il nous emmenait faire des promenades sur la charette tirée par l'âne. Il fallait donner la mangée aux lapins et aux poules en fin de journée, rentrer l'âne dans son pré, charrier le cidre à la cave pour le soir. C'était la dernière fois que j'ai vu mon grand-père dans sa ferme. Eric
Enfant, j'étais très dure. Mes parents m'ont mis en pension à la Providence. J'en ai des bons souvenirs aujourd'hui. A cette époque, j'avais l'impression de ne pas avoir besoin de ma famille pour m'épanouir. Maintenant je vois mes enfant...et pourtant ils me manquent énormément. Brigitte
Quand j'étais petit, j'étais assez turbulent, alors mes parents décidèrent de me mettre dans une maison de redressement. Je suis parti au mois de mai 1962 et je suis revenu au mois d'octobre 1962, mais de cela je garde de bons souvenirs, car on faisait des sorties, on allait souvent sur un lac faire du canoë. Ma mère m'envoyait une lettre par semaine, un jour, c'était au mois d'août, ma mère devait venir me voir avec d'autres parents d'enfants qui étaient avec moi. J'étais content mais quand le car est arrivé, une dame d'Yport est venu me voir et m'a dit :"ta mère ne vient pas, elle m'a donné un colis pour toi", alors je suis monté dans la chambrée et du haut de la fenêtre je regardais tous mes copains qui se promenaient avec leurs parents dans le parc. Ceci a été dure pour moi. Je m'en rappellerais toute ma vie. Christian ( Textes et photos de l'atelier d'expression artistique de la CAFET de la Maison du port encadré par Agnès Fodor et Sarah Vandermeersck )
« Dimanche prochain on invite Tonton Raymond, Tata Yvonne, Grand -Mère et les cousins du Havre. ». Cette phrase laissait présager de bonnes choses à manger, des jeux et une belle promenade. Toute la semaine, ça me trottait dans la tête. « Qu'est-ce qu'on va manger ? Du boudin blanc, ou du crabe en boite à la mayonnaise, ou des cornets de jambon macédoine en entrée ? Puis ce sera sûrement le rôti (un gros, pour qu'il y ai des restes) avec des frites et des gâteaux évidemment où peut être la sacro- sainte île flottante ? Le fameux dimanche arrivait et nous étions sollicitées ma soeur et moi pour mettre la table et décorer la salle à manger. Du repas lui-même je ne me souviens pas trop, mais je sais que comme il durait longtemps et qu'on changeait souvent les assiettes nous avions la permission de nous lever entre deux et nous allions jouer aux petits chevaux ou à cache-cache dans la cour. Puis c'était la traditionnelle promenade à la digue où à Renéville avec la ou les photos obligatoires. On rentrait, fatigués, sales et heureux- à la maison et j'attendais que maman annonce : « vous allez bien rester manger les restes avec nous ? ».Sylvie Gervais ( Anonyme)
Collectif familial de la Maison de quartier du Ramponneau
Dimanche 5 juin 1955
Ma chère maman,
En ce dimanche de la Fête des Mères, je veux t'exprimer tout mon amour et ma reconnaissance. J'ai 10 ans et demi, et depuis que je suis sur terre, tu me soignes avec tendresse et dévouement. Aussitôt que je suis malade ou que tu fais tout ce que tu peux pour me rendre la vie agréable et douce. Aussi ne voulant pas être une ingrate, je te promets de t'aider de tout mon possible dans les travaux de la maison et de bien travailler en classe afin de ne te donner que des satisfactions.
Je t'embrasse de tout mon coeur.Huguette ( Fécamp)
Sister Love
Ce qu'il y a de chouette dans une famille, c'est d'avoir un frère ou une soeur. On peut même parfois être une famille nombreuse et se retrouver à partager sa vie avec 1, 2, 3...4 frères et soeurs et même plus. Moi, j'ai une soeur. Elle est née avant moi . Je crois que je n'étais pas encore prête à sortir pour explorer le monde alors j'ai bien voulu qu'elle passe la première mais à une condition. C'est qu'une fois dehors elle me parlerait de l'autre monde, et si il y avait le moindre danger elle devait m'empêcher de sortir. C'est ainsi que nous avons signé notre premier pacte de soeurs, et rien n'y personne ne pouvait le détruire. Toutes les nuits, pendant deux ans, nous avons partagé nos rêves. Elle me racontait toutes sortes d'histoires et qu'il ne pouvait rien nous arriver de mal puisque nous avions un papa et une maman qui veillaient sur nous. Peut-être qu'il était temps de nous retrouver. Alors j'ai respiré très fort pour me donner du courage et je suis enfin sortie pour la rejoindre. Elle m'attendait.
Penchée sur moi, elle me regarde avec un grand sourire. Elle a de jolis yeux noisettes. Elle s'appelle Marie. J'aime bien. C'est joli ! J'essaye de la prendre dans mes bras pour lui montrer que je suis heureuse de la revoir mais je n'ai plus de force. Le voyage m'a épuisé. Je ne vais tout de même pas m'endormir maintenant, je viens à peine de la retrouver ! C'est à ce moment là que je me suis aperçu qu'elle avait des cheveux sur la tête. De jolis cheveux bruns et frisés. Elle était frisée comme un...mm...mo...u...mou...mou...ton...mouton ! Mouton ! Mon premier mot ! Quand elle m'a pris dans ses bras, j'ai su qu'elle me protègerait le temps que je découvre moi aussi, la vie à l'extèrieur puis mes yeux se sont fermés lentement sur son sourire.Voyelle ( Anonyme )
Dîner
Il est bientôt sept heures. Le calme qui enveloppe la maison me laisse supposer que chaque enfant fait ses devoirs. Les jeunes jambes, après une journée de classe, à nouveau domptées sous la chaise. Le dernier trempe dans son bain, je l’entends qui babille sur fond de clapotis. Tous savent que, dans moins d’une heure, nous allons nous retrouver autour de la table, dans la lumière des lampes, et le tintement des verres. L’un deux va peut-être bientôt venir s’enquérir de ce que l’on mange et quand est-ce qu’on le mange.
C’est une tâche bien ordinaire qui m’attend : préparer un repas qui restaure les forces de chacun en étant équilibré, nourrissant et apprécié de tous ; qui soit vite fait-bien fait avec ce qui reste dans les placards et le frigidaire, en tenant compte des dates de péremption, sous peine de jeter, ce à quoi je ne peux me résoudre.
Question de génération paraît-il…
Or donc, il y a des aubergines dans le frigidaire, mais j’ai oublié de les faire dégorger et l’un de vous qui ne les aime pas, a grimacé , hier déjà, en avalant ses épinards… Je pourrais faire du riz à la sauce tomate qui rallierait tout le monde mais autant utiliser les produits frais tant qu’ils le sont encore et garder les féculents pour la fin de la semaine. Je me résous à une quiche-salade car la pâte feuilletée sous cellophane réclame d’être consommée d’urgence…Je la déballe, l’étale dans un moule et y dépose lardons et fromage râpé mais au moment de battre les œufs avec le lait, je m’aperçois qu’il n’y en a plus ! Une quiche sans œufs, ça n’existe pas…
Je reste la bouche sèche et béante devant le frigidaire ouvert. Mon menu vient de s’écrouler comme un château de cartes. Tout est à reconstruire ! Dans mon désarroi, je fais disparaître la pâte crue avec son embryon de garniture dans la poubelle.
Puis, peu à peu, après d’épaisses secondes, dans le blanc de mon esprit, émerge le concept de spaghetti à la carbonara, réclamés à maintes reprises par le plus gourmand des garçons. Mais il s’agit de récupérer les lardons…Gênée, priant pour que personne ne surgisse, j’extrais la pâte gluante de la poubelle et les y ramasse prestement ; puis je jette dans une poêle pour les faire revenir. Une odeur grasse et rassurante se dégage…
Mis en appétit, le gourmand apparaît : « qu’est-ce qu’on mange ? ». Il devine et, d’un air reconnaissant, saisit un lardon grésillant. Certes, il manquera un œuf pour faire le liant mais je compenserai avec beaucoup de crème fraîche et de parmesan. Foin de mes principes diététiques puisqu’on a échappé au désastre !
Je m’oblige à faire les choses une par une : je remplis une grande casserole d’eau, y ajoute du gros sel, pose un couvercle et allume le gaz. L’angoisse a reflué et je déborde de reconnaissance envers mon fils, le bon dieu et l’Italie, patrie des spaghetti à la carbonara.
Dans un moment, devant le plat fumant sous la lampe, nous serons réunis autour de la table, fragile bastion contre la rudesse des jours et la solitude des nuits. C’est alors que j’entends mon petit garçon, qui mijote depuis trop longtemps dans son bain refroidi, m’appeler. Valérie Robert ( Paris)
Collectif familial de la Maison du Port-EAJ
Oh mes aïeux endimanchés et chapeautés pour le mariage de la fille ainée. celle qui avait six soeurs. C'était en 1920 à Saint Valéry-en-caux.
